Rétatrutide : Un traitement expérimental s’empare des réseaux sociaux
Le rétatrutide est un médicament expérimental développé par le laboratoire Eli Lilly contre l’obésité, ce nom est une Dénomination Commune Internationale (DCI)*.
À l'heure où nous écrivons ces lignes, il n’est autorisé nulle part dans le monde, et aucun médecin ne peut le prescrire en France en dehors d’un essai clinique.
Les résultats des phases de tests ont alimenté un marché parallèle sur internet. En juillet 2026, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a alerté sur des hospitalisations liées à des produits frauduleux présentés comme du rétatrutide.
La Clinique des Champs-Élysées décrypte pour vous ce phénomène :
Comment agit le rétatrutide ?
Sa particularité : il active trois récepteurs hormonaux à la fois (GLP-1, GIP et glucagon), là où Ozempic en active un et Mounjaro deux. Dans les essais de phase 3, les participants ont perdu en moyenne entre 20 % et 28 % de leur poids à la dose la plus élevée, sur 68 à 80 semaines.
Le récepteur GLP-1, pour manger moins : Il agit sur l’hypothalamus, la zone du cerveau qui règle la faim.
Le récepteur GIP, pour mieux réguler le sucre : Il renforce la production d’insuline après le repas et agit sur le tissu adipeux.
Le récepteur du glucagon, pour dépenser plus : C’est la nouveauté. Il stimule la combustion des graisses, en particulier dans le foie, et augmente la dépense d’énergie au repos.
Le point de vue médical
Pour les médecins, le rétatrutide est une piste sérieuse dans le traitement de l’obésité, une maladie chronique reconnue par l’OMS.
Un premier essai de phase 2, publié en 2023 dans le New England Journal of Medicine, avait inclus 338 adultes présentant une obésité ou un surpoids associéà une complication :
À 48 semaines, la perte de poids moyenne estimée atteignait 24,2 % sous 12 mg derétatrutide, contre 2,1 % sous placebo1.
Un essai de phase 3 TRIUMPH-2, publié dans The Lancet en septembre 2026 chez les adultes présentant à la fois une obésité et un diabète de type 2 :
À 80 semaines avec 12 mg on observe une diminution moyenne du poids de 18,8 %, contre 5,1 % sous placebo2.
Les données cliniques citées ici concernent des adultes sélectionnés pour des essais encadrés. Elles ne permettent pas d’évaluer l’efficacité ou la tolérance du rétatrutide chez l’adolescent.
Les risques connus du rétatrutide expérimental
Avec les essais effectués, voici les risques liés à la prise au rétatrutide expérimental :
Effets digestifs fréquents : nausées, diarrhée, vomissements.
Dysesthésie et jusqu'à 20,9 % des participants à 12 mg.
Douleur abdominale intense et persistante, parfois irradiant dans le dos (risque de pancréatite)
Vomissements répétés et signes de déshydratation
Sensations anormales de la peau persistantes ou gênantes
Palpitations et une hausse modérée de la fréquence cardiaque a été observée dans les essais
Ces observations proviennent des essais thérapeutiques et ne doivent pas être confondues avec les accidents associés aux produits frauduleux.
À l’inverse, il serait excessif d’affirmer que le risque à long terme est déjà entièrement connu. Les essais disponibles ne suffisent pas encore à caractériser avec précision des événements.
Le vrai danger : les produits vendus en ligne
Les adolescents sont également ciblés, beaucoup de parents découvrent le mot « rétatrutide » au détour d’une conversation, d’un colis ou d’une vidéo regardée par leur ado et leur inquiétude est légitime.
Le 2 juillet 2026, l’ANSM a publié une alerte : elle a reçu plusieurs signalements d’effets indésirables après l’injection de peptides frauduleux, « notamment le rétatrutide », dont certains ont nécessité une hospitalisation3.
Le 14 août 2026, elle a interdit un produit vendu sous le nom « FastPen 40 mg », présenté comme contenant du rétatrutide4.
Sur les réseaux sociaux, la molécule circule sous d’autres surnoms : « Reta », « triple G » ou « GLP-3 ».
Pourquoi ces produits sont-ils dangereux ?
On ne sait pas ce qu’il y a dans le flacon. Selon l’ANSM, le produit peut contenir des impuretés, une autre molécule que celle annoncée, ou aucun principe actif.
Rien ne prouve qu’il est stérile. Une injection contaminée peut provoquer un abcès ou une infection grave.
Le foie peut être touché. Les cas australiens d’hépatite aiguë sont attribués à des contaminants, pas à la molécule testée dans les essais.
Les erreurs de dose sont fréquentes. Confondre les graduations d’une seringue à insuline (en unités) et la dose en milligrammes peut multiplier la dose par 10.
Les réactions allergiques graves font partie des effets signalés par l’ANSM.
Personne ne surveille. Sans bilan préalable ni suivi, une contre-indication ou une complication passe inaperçue.
C’est illégal. Vendre un médicament sans AMM est interdit en France. Les sites concernés peuvent être signalés sur la plateforme Pharos.
Ce qu’il faut retenir
Le rétatrutide est une piste sérieuse contre l’obésité, on ne doit donc pas attribuer automatiquement à la molécule expérimentale les effets observés avec un produit de composition inconnue.
Le véritable problème c'est d'acheter un flacon sur internet qui ne permet pas de connaître sa composition, ni sa dose réelle, ni sa stérilité.
Pour toute question sur le poids, une consultation médicale permet de faire le point sur les traitements contre l'obésité autorisées et adaptées à chaque patient.
La DCI est le nom scientifique officiel d’une substance, attribué par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il est le même dans tous les pays, indépendamment du futur nom commercial.
Les informations médicales figurant sur cette page ne sauraient se substituer aux consultations médicales, recommandations et prescriptions délivrées par un médecin. Chaque personne est unique et les résultats obtenus peuvent varier selon de nombreux facteurs, notamment la qualité de la peau et les antécédents médicaux.
FAQ : les questions que se posent les internautes
Non. C’est un médicament expérimental. Il n’a d’autorisation ni en France, ni en Europe, ni aux États-Unis. Aucun médecin ne peut le prescrire légalement en dehors d’un essai clinique.
Ozempic et Wegovy (sémaglutide) activent un récepteur : le GLP-1. Mounjaro (tirzépatide) en active deux : GLP-1 et GIP. Le rétatrutide en active trois, en ajoutant le récepteur du glucagon, qui augmente la dépense d’énergie. Aucun essai publié ne les compare encore directement pour la perte de poids.
Oui. Ces produits ne sont pas des médicaments contrôlés. Leur contenu, leur dosage et leur stérilité sont inconnus. L’ANSM a signalé des hospitalisations en France, et six cas d’atteinte aiguë du foie ont été rapportés en Australie.
Références :
1 Jastreboff AM et al. Retatrutide, a Triple Hormone Receptor Agonist, for Treatment of Obesity (TRIUMPH-1). NewEngland Journal of Medicine. Publié le 29 septembre 2026. DOI: 10.1056/NEJMoa2604169.
https://doi.org/10.1056/NEJMoa2604169
2 Bellido V et al. Retatrutide in adults with obesity and type 2 diabetes (TRIUMPH-2): a randomised, placebo-controlled, phase 3 trial. The Lancet. 2026;408:1455–1472. DOI 10.1016/S0140-6736(26)01861-1.
https://doi.org/10.1016/S0140-6736(26)01861-1
3 ANSM. « Peptides » vendus en ligne : ne les utilisez pas, ils peuvent être dangereux. 2 juillet 2026 ; mise à jour du 31 août 2026.
4 ANSM. Décision de police sanitaire du 14 août 2026 : retrait du « FastPen 40 mg », présenté comme contenant du rétatrutide. Publiée le 31 août 2026.